Feuilles jaunes : comprendre la chlorose
La chlorose est un jaunissement des feuilles dû à un manque de chlorophylle ; sa cause se lit dans le motif du jaunissement et dans les feuilles touchées en premier. Des jeunes feuilles jaunes aux nervures restant vertes signalent une carence en fer liée au sol calcaire, des vieilles feuilles jaunes signalent plutôt un manque d’azote ou de magnésium, et un jaunissement général avec sol détrempé indique une asphyxie des racines.
Mis à jour le 7 novembre 2026
En bref
- Chlorose veut simplement dire « perte de vert » : la feuille ne fabrique plus assez de chlorophylle, pour des raisons très différentes.
- Regardez quelles feuilles jaunissent (jeunes ou vieilles) et comment (nervures vertes, bords, taches) : c’est la clé du diagnostic.
- La cause la plus fréquente sur arbustes de terre de bruyère, poiriers, pêchers et vigne est la chlorose ferrique, provoquée par un sol calcaire qui bloque le fer.
- Un jaunissement uniforme des vieilles feuilles en fin de saison est normal ; au printemps, il révèle un manque d’azote ou un sol gorgé d’eau.
- Corriger le sol (matière organique, paillage, drainage) vaut mieux que d’ajouter un engrais au hasard ; le chélate de fer est un pansement, pas une solution.
Qu’est-ce que la chlorose exactement ?
Le terme désigne tout jaunissement anormal du feuillage causé par un déficit de chlorophylle. La feuille ne se décolore pas parce qu’elle est malade au sens infectieux, mais parce qu’il lui manque un élément pour fabriquer ou maintenir ses pigments verts : du fer, du magnésium, de l’azote, du manganèse, ou tout simplement des racines fonctionnelles qui absorbent ces éléments. Il faut donc distinguer la chlorose des taches de champignons, qui sont localisées et bordées, décrites dans le guide Maladies des feuilles, et du jaunissement d’automne, qui est programmé et expliqué dans Pourquoi les feuilles rougissent.
Comment lire le motif du jaunissement ?
Deux questions résolvent la plupart des cas. Premièrement, quelles feuilles sont atteintes en premier : les jeunes, à l’extrémité des pousses, ou les vieilles, à la base ? Les éléments mobiles dans la plante (azote, magnésium, potassium) sont déplacés par la plante des vieilles feuilles vers les jeunes quand ils manquent, donc les vieilles jaunissent d’abord. Les éléments peu mobiles (fer, manganèse, calcium, soufre) ne peuvent pas être redistribués, donc ce sont les jeunes feuilles qui souffrent. Deuxièmement, les nervures restent-elles vertes ? Un réseau de nervures vertes sur fond jaune (chlorose internervaire) indique un blocage du fer ou du magnésium ; un jaunissement uniforme indique plutôt l’azote ou les racines.
| Ce que vous voyez | Feuilles touchées d’abord | Cause la plus probable | Contexte typique | Correction |
|---|---|---|---|---|
| Limbe jaune pâle à presque blanc, fines nervures bien vertes | Jeunes feuilles de l’extrémité | Carence en fer (chlorose ferrique) | Sol calcaire, pH élevé, arrosage à l’eau dure ; hortensia, rhododendron, poirier, pêcher, vigne, chêne rouge | Acidifier localement (compost, écorces de pin, soufre), pailler, chélate de fer en secours |
| Jaune entre les nervures, celles-ci et leur bordure restent vertes en « arête de poisson », parfois bords rougeâtres | Vieilles feuilles, à la base des rameaux | Carence en magnésium | Sols sableux lessivés, excès de potasse ; tomates, vigne, conifères | Sulfate de magnésium (sel d’Epsom) au sol ou en pulvérisation, compost |
| Jaune uniforme, feuilles petites, croissance faible | Vieilles feuilles | Manque d’azote | Sol pauvre, paillage de bois frais ou de feuilles non décomposées, pelouse jusqu’au tronc | Compost mûr, engrais organique, cercle de paillage ; voir la fiche Engrais : N, P, K |
| Jaune général, feuilles molles qui tombent, sol humide et sombre | Toutes | Asphyxie racinaire (excès d’eau, sol tassé) | Pot sans drainage, terrain argileux, tranchée récente, arrosage automatique | Drainer, espacer les arrosages, décompacter en surface |
| Jaune puis brun des bords vers le centre, feuilles cassantes | Toutes, côté exposé | Stress hydrique ou sel de déneigement | Été sec, arbres d’alignement | Arrosage profond et espacé, paillage ; voir Besoins en arrosage |
| Marbrures jaunes irrégulières, feuilles déformées | Variables | Virus ou phytotoxicité d’un désherbant | Dérive de pulvérisation, plants achetés infectés | Aucun remède ; retirer les plants viraux |
| Jaune par plaques, feutrage ou duvet sous la feuille | Variables | Maladie (mildiou, acariens, aleurodes) | Serre, été chaud | Voir oïdium et acariens |
Pourquoi le calcaire provoque-t-il la chlorose ferrique ?
Le fer est rarement absent du sol ; il y est simplement insoluble quand le pH dépasse 7 à 7,5. Les racines ne peuvent alors pas le prélever, et le fer ne pouvant pas se déplacer dans la plante, les feuilles les plus récentes sont les premières privées. Toutes les espèces ne sont pas égales : les plantes dites de terre de bruyère (rhododendron, camélia, hortensia, myrtille) sont incapables de s’adapter, tout comme plusieurs arbres américains (chêne rouge, érable rouge, copalme) et des fruitiers greffés sur certains porte-greffes (poirier sur cognassier, pêcher). À l’inverse, chêne pubescent, érable de Montpellier, tilleuls et figuier prospèrent en sol calcaire.
Un test simple : versez quelques gouttes de vinaigre sur une motte sèche. Si elle mousse, le sol est calcaire et la plantation de terre de bruyère en pleine terre est vouée à la chlorose chronique, quel que soit l’engrais ajouté.
Comment corriger une chlorose, dans l’ordre ?
- Vérifiez l’eau et le sol avant tout. Enfoncez une tige de métal : si elle entre difficilement ou ressort boueuse, le problème est mécanique (tassement, excès d’eau) et aucun engrais ne l’arrangera.
- Nourrissez le sol, pas la feuille. Un apport annuel de compost mûr et un paillage permanent de feuilles ou de broyat (voir Pailler avec des feuilles mortes) libèrent progressivement azote, magnésium et acides organiques qui rendent le fer disponible.
- Traitez la carence identifiée : sulfate de magnésium pour le magnésium (une cuillère à soupe par litre en pulvérisation, le soir), chélate de fer (EDDHA) pour le fer en sol calcaire, engrais organique azoté pour l’azote. Un apport unique n’a pas d’effet durable : le sol reste calcaire.
- Déplacez ou acceptez. Une plante de terre de bruyère en sol calcaire sera chlorotique à vie : cultivez-la en bac dans un substrat adapté, arrosée à l’eau de pluie, ou remplacez-la par une espèce tolérante.
Quand le jaunissement est-il normal ?
Trois situations ne demandent aucune intervention. Le jaunissement des feuilles de la base en fin d’été sur les herbacées et les conifères (les pins perdent chaque automne leurs aiguilles de deux ou trois ans, qui jaunissent à l’intérieur de la couronne). La reprise après plantation, pendant laquelle un arbre fraîchement transplanté sacrifie une partie de son feuillage le premier été. Et le jaune génétique de certains cultivars dorés (robinier « Frisia », érable « Princeton Gold ») qui sont jaunes en pleine santé. Dans tous les autres cas, le tableau ci-dessus et un examen du sol au pied vous orienteront ; si le jaunissement s’accompagne de feuilles qui se recroquevillent, consultez aussi le guide Feuilles qui s’enroulent.
Sources
Voir aussi
- Maladies des feuilles : reconnaître les symptômesHerbier · guide
- Feuilles qui s’enroulent ou se recroquevillentHerbier · guide
- Pailler avec des feuilles mortes : épaisseur et précautionsHerbier · guide
- Chlorophylle : définition et rôle dans la feuilleHerbier · lexique
- Engrais : comprendre N, P, KFiches · Jardin
- Besoins en arrosage : plantes, moments, quantitésFiches · Jardin