Feuilles qui s’enroulent ou se recroquevillent

Une feuille qui s’enroule réagit presque toujours à l’un de ces quatre facteurs : un manque d’eau ou un froid qu’elle cherche à limiter en réduisant sa surface, un insecte qui l’a déformée en se nourrissant, un champignon comme la cloque, ou un désherbant dérivé par le vent. Le sens de l’enroulement, la présence d’insectes à l’intérieur et la répartition sur la plante permettent de trancher.

Mis à jour le 7 novembre 2026

En bref

  • Ouvrez la feuille enroulée : si elle contient des pucerons, une chenille ou des déjections, la cause est un insecte ; si elle est vide et saine, pensez à l’eau, au froid ou à un produit chimique.
  • Un enroulement sur toute la plante, par temps chaud ou gelé, qui disparaît le soir ou au dégel, est une protection normale et réversible.
  • Des feuilles boursouflées et rouges sur un pêcher au printemps sont la cloque, un champignon qui se prévient à la chute des feuilles.
  • Des feuilles en cuillère, étroites, aux nervures tordues, sur plusieurs espèces à la fois, trahissent la dérive d’un désherbant.
  • La plupart des enroulements d’origine climatique ou parasitaire ne nécessitent aucun traitement sur un arbre adulte.

Que faire en premier devant une feuille enroulée ?

Déroulez-la délicatement et observez l’intérieur avec une loupe si possible. Cette simple inspection sépare deux grandes familles de causes :

  • L’intérieur est occupé : pucerons verts, roses ou noirs, souvent avec des fourmis sur la tige ; une petite chenille et de la soie ; des galeries ; des acariens minuscules ; une poudre blanche. La cause est vivante et il faut l’identifier.
  • L’intérieur est vide et le tissu est sain, simplement plié : la cause est climatique (eau, froid, chaleur), chimique (désherbant, sel, excès d’engrais) ou racinaire.

Notez ensuite le sens de l’enroulement (vers le haut en gouttière, vers le bas en crochet, en tube serré) et la répartition sur la plante (toutes les feuilles, seulement les jeunes pousses, un seul côté). Le tableau ci-dessous croise ces indices.

Quelle cause correspond à quel type d’enroulement ?

AspectIndices associésPlantes souvent concernéesCauseQue faire
Feuilles repliées vers le haut en gouttière, toute la plante, par temps chaudSol sec, retour à la normale la nuitTilleul, hêtre, tomates, maïsStress hydriqueArrosage profond, paillage ; si récurrent, voir la fiche Besoins en arrosage
Feuilles roulées en tubes serrés et pendantes par gelDéroulement au dégelRhododendron, laurier-cerise, laurier-sauceProtection contre le froid et la dessiccationRien ; ne pas arroser sur sol gelé
Jeunes feuilles recroquevillées, collantes, pucerons dessousFourmis, miellat, fumaginePommier, pêcher, viorne obier, groseillier rouge (cloques rouges), sureauPucerons enrouleursJet d’eau, savon noir sur jeunes pousses, laisser agir coccinelles et syrphes
Feuilles boursouflées, épaissies, rouge puis blanchâtre, au printempsPousses déformées, chute précocePêcher, amandier, abricotier parfoisCloque du pêcher (champignon)Couper les feuilles atteintes ; prévention au cuivre ou à la décoction de prêle à la chute des feuilles et au gonflement des bourgeons
Bord de la feuille roulé en cigare contenant une larve ou un coconUn seul bord, soieBouleau, peuplier, chênes, rosiersTordeuses, cigariers, tenthrèdesRien sur un arbre ; pincer les rouleaux sur un rosier
Feuilles en cuillère, étroites, nervures tordues, pousses filiformesPlusieurs espèces touchées en même temps, côté d’un champ ou d’une pelouse traitéeVigne, tomates, robinier, érablesDérive d’herbicide hormonalAucun remède ; la plante repart en général ; identifier la source
Feuilles enroulées, décolorées, poussière fine sous le limbe, toilesÉté sec, serreHaricots, framboisier, conifères nainsAcariens (araignées rouges)Bassiner le feuillage, favoriser l’humidité
Feuilles crispées, gaufrées, tiges épaissies, croissance en balaiUn plant sur dix, aucune cause visibleFramboisiers, tomates, pommes de terreVirusArracher le plant atteint
Feuilles enroulées vers le bas et jaunes, sol détrempéChute des feuilles bassesPlantes en pot, jeunes arbresAsphyxie racinaireDrainer, espacer les arrosages ; voir chlorose

Pourquoi une feuille s’enroule-t-elle par temps sec ou froid ?

L’enroulement est d’abord un geste d’économie. En se repliant, la feuille réduit la surface exposée au soleil et au vent, abrite ses stomates, situés pour la plupart sur la face inférieure, et ralentit l’évaporation. Chez les persistants comme le rhododendron ou le houx, le même mécanisme protège la feuille des grands froids secs d’hiver, quand les racines ne peuvent plus puiser d’eau dans le sol gelé. Ce repli est réversible : la feuille se redéploie dès que l’eau redevient disponible. S’il devient permanent, les bords brunissent et la feuille sèche : le stress a dépassé ce que la plante pouvait compenser.

Comment les insectes enroulent-ils une feuille ?

Les pucerons injectent en piquant une salive qui perturbe la croissance des cellules ; la face attaquée grandit moins vite que l’autre et la feuille se courbe autour de la colonie, qui se retrouve ainsi à l’abri des prédateurs et de la pluie. Le puceron cendré du pommier et le puceron vert du pêcher sont les champions de cette déformation ; le puceron jaune du groseillier provoque des cloques rouges spectaculaires mais sans conséquence. Les tordeuses et les cigariers, eux, roulent mécaniquement la feuille avec de la soie pour y loger une larve. Dans tous ces cas, la feuille déformée ne reprendra pas sa forme, mais la plante n’est en danger que si l’attaque touche une grande part des jeunes pousses d’un fruitier ou d’un jeune plant.

Faut-il traiter ?

  1. Arbres d’ornement adultes : non. Enroulements climatiques et parasitaires sont sans effet durable.
  2. Fruitiers : oui pour la cloque du pêcher (prévention hivernale) et pour les pucerons si plus d’un tiers des pousses sont atteintes au printemps, par des moyens doux (eau, savon noir) qui préservent les auxiliaires.
  3. Potager : arracher les plants viraux, bassiner contre les acariens, arroser régulièrement contre l’enroulement physiologique des tomates ; la fiche Maladies courantes du potager complète ce point.
  4. Soupçon d’herbicide : ne rien pulvériser, photographier, repérer la source (pelouse voisine, bordure de champ) et attendre la repousse.

Si les feuilles enroulées portent aussi des taches, un feutrage ou des trous, les guides Maladies des feuilles et Feutrage blanc prennent le relais.

Sources

  1. INRAE, Ephytia : symptômes et diagnostic
  2. Société nationale d’horticulture de France, Jardiner Autrement
  3. IRIIS phytoprotection (Québec), diagnostic des ravageurs

Voir aussi