Pourquoi les feuilles rougissent en automne

Les feuilles rougissent parce que la chlorophylle disparaît en automne et laisse apparaître les pigments jaunes, tandis que certaines espèces fabriquent en plus des pigments rouges, les anthocyanes. Le rouge est d’autant plus intense que les journées sont ensoleillées et les nuits fraîches sans gel.

Mis à jour le 7 novembre 2026

En bref

  • Le vert vient de la chlorophylle ; quand l’arbre la dégrade à l’automne, les caroténoïdes jaunes et orangés, présents depuis l’été, deviennent visibles.
  • Le rouge et le pourpre viennent des anthocyanes, des pigments que la feuille fabrique en automne à partir des sucres qu’elle n’exporte plus.
  • Des journées lumineuses et des nuits fraîches, sans gel ni sécheresse marquée, donnent les rouges les plus vifs.
  • Chaque espèce a sa couleur : jaune pour le bouleau et le ginkgo, orange à rouge pour les érables d’Amérique, brun pour les chênes européens.
  • Une feuille rouge en plein été n’est pas un phénomène d’automne : c’est un signe de stress ou de carence à examiner.

Que se passe-t-il dans la feuille quand elle change de couleur ?

Pendant toute la belle saison, la feuille est verte parce qu’elle est saturée de chlorophylle, le pigment qui capte la lumière pour la photosynthèse. Cette chlorophylle est fragile : la feuille la renouvelle en permanence, ce qui coûte de l’azote et de l’énergie. Quand les jours raccourcissent et que les températures baissent, l’arbre cesse cet entretien et récupère au contraire les éléments nutritifs de ses feuilles pour les stocker dans le bois et les racines.

La disparition du vert révèle alors des pigments qui étaient là depuis le printemps, mais masqués : les caroténoïdes, responsables des jaunes et des orangés. Ce mécanisme explique la couleur du bouleau, du tilleul ou du ginkgo. Le rouge demande une étape de plus : la feuille synthétise de nouveaux pigments, les anthocyanes, à partir des sucres produits dans la journée et qui ne sont plus évacués vers les branches. Plus la feuille contient de sucres piégés, plus elle rougit.

Pourquoi certaines années sont-elles plus colorées que d’autres ?

La fabrication d’anthocyanes dépend directement de la météo des semaines précédant la chute. Les combinaisons suivantes sont les plus favorables ou défavorables :

  • Journées ensoleillées et nuits fraîches (sans gel) : la photosynthèse continue le jour, le froid nocturne bloque le transport des sucres, les anthocyanes s’accumulent. C’est le scénario des automnes flamboyants du Québec ou des forêts de montagne.
  • Automne doux, couvert et pluvieux : peu de sucres piégés, couleurs ternes, les feuilles brunissent vite.
  • Gel précoce et brutal : les tissus sont tués avant d’avoir le temps de se colorer ; les feuilles sèchent sur l’arbre ou tombent vertes.
  • Sécheresse estivale marquée : les arbres stressés perdent souvent leurs feuilles tôt, brunes ou jaunies, sans passer par le rouge.

À quoi servent les anthocyanes à l’arbre ? Les chercheurs avancent surtout un rôle de protection : ces pigments filtrent l’excès de lumière et limitent les dégâts pendant que la feuille démonte ses protéines et rapatrie l’azote. Un « écran solaire » temporaire, en somme, qui permet de récupérer plus de ressources avant l’abscission.

Quelle couleur d’automne pour quelle espèce ?

La teinte est largement déterminée par l’espèce, et la météo module seulement son intensité. Le tableau ci-dessous aide à reconnaître un arbre en octobre, quand la couleur devient un critère d’identification à part entière.

EspèceCouleur d’automne habituelleRemarque
Érable à sucreOrange à rouge vifEmblème des automnes québécois ; palette variable d’un arbre à l’autre
Érable rougeRouge écarlateParmi les premiers à se colorer, dès la fin de l’été en milieu humide
Érable planeJaune d’or, parfois orangéLes cultivars pourpres restent sombres toute l’année
Érable sycomoreJaune terne à brunSouvent taché de noir par le rhytisme (voir les maladies)
Chêne rouge d’AmériqueRouge brun à rouge vineuxColoration tardive, feuilles longtemps retenues
Chêne pédonculéBrun fauvePeu de rouge ; les feuilles mortes persistent souvent sur les jeunes sujets
Hêtre communJaune cuivré puis brun rouxMarcescent dans les haies et sur les jeunes arbres
Bouleau verruqueuxJaune clairChute rapide et précoce
GinkgoJaune d’or uniformeToutes les feuilles tombent en quelques jours
Copalme d’AmériquePourpre, rouge, orange et jaune mêlésLe plus bariolé des arbres d’ornement
Tulipier de VirginieJaune d’orGrandes feuilles tronquées très reconnaissables
Peuplier trembleJaune vifSpectaculaire en montagne et en Scandinavie
Mélèze d’EuropeJaune d’orRare conifère caduc : ses aiguilles jaunissent puis tombent
Sumac vinaigrierRouge écarlate à orangeArbuste très utilisé pour sa couleur
Vigne viergeRouge pourpreColore les façades dès septembre
Fusain d’EuropeRose à rougeFruits roses et oranges très visibles en même temps
Cornouiller sanguinRouge sangSon nom vient de la couleur de ses feuilles et rameaux d’automne

Pourquoi les arbres d’Amérique du Nord rougissent-ils plus que les arbres d’Europe ?

La différence est frappante : au Québec, érables et chênes dominent le paysage en rouge ; en France, en Belgique ou en Suisse, les forêts d’automne sont surtout jaunes et brunes. Deux explications se combinent. D’abord la composition des forêts : les espèces européennes les plus répandues (charme, hêtre, chênes, frêne) produisent peu d’anthocyanes. Ensuite le climat : l’est de l’Amérique du Nord connaît des automnes très contrastés, avec des nuits froides précoces et des journées claires, exactement le régime qui favorise le rouge. Les mêmes érables rouges plantés dans un parc parisien restent souvent plus ternes.

Une feuille rouge ou jaune hors saison, est-ce normal ?

Non. Un rougissement au printemps ou en été traduit presque toujours un stress : manque d’eau, carence en phosphore, racines blessées, sol tassé ou excès de sel au bord des routes. Les jeunes pousses de certains arbres (érables, photinia, chênes rouges) sont naturellement rougeâtres quelques semaines, mais la coloration d’une feuille adulte en plein été doit faire chercher une cause. Pour les jaunissements, consultez le guide sur la chlorose ; pour les taches, celui sur les maladies des feuilles.

Comment profiter des couleurs d’automne pour reconnaître un arbre ?

La couleur est un bon premier tri, mais jamais un critère suffisant : un même érable à sucre peut être jaune au nord et rouge au sud de la même rue. Combinez-la avec la forme du limbe, le bord et la disposition des feuilles en suivant la clé d’identification. Les feuilles ramassées en automne sont aussi les plus faciles à presser pour un herbier scolaire, à condition de les récolter avant qu’elles ne brunissent. Et pour comprendre pourquoi elles finissent par tomber, lisez la suite dans le guide Pourquoi les feuilles tombent.

Sources

  1. Office national des forêts (ONF), La forêt et les arbres
  2. Ressources naturelles Canada, Service canadien des forêts
  3. Tela Botanica, réseau des botanistes francophones

Voir aussi