Faire son terreau de feuilles : méthode et délais
Le terreau de feuilles s’obtient en laissant des feuilles mortes humides se décomposer seules, sans déchets verts, pendant un à deux ans dans un silo grillagé ou des sacs percés. On obtient une matière sombre, légère et très absorbante, pauvre en éléments nutritifs mais idéale pour alléger les semis et les rempotages.
Mis à jour le 7 novembre 2026
En bref
- Le terreau de feuilles n’est pas un compost : il se forme à froid, par les champignons, à partir de feuilles seules, et ne nourrit pas mais structure et retient l’eau.
- Comptez 12 mois pour des feuilles broyées d’espèces tendres, 24 mois pour du chêne ou du hêtre entiers.
- Le secret est l’humidité constante : un tas de feuilles sèches ne se décompose jamais.
- Les meilleures feuilles sont celles de hêtre et de chêne pour la qualité finale, de tilleul, érable et frêne pour la rapidité ; évitez les persistants et les conifères.
- Tamisé, il remplace la tourbe dans les mélanges de semis (un tiers) et de rempotage, et sert de paillis fin aux plantes de sous-bois.
Quelle différence entre terreau de feuilles et compost ?
Les deux produits partent de la même matière mais suivent des chemins opposés. Le compost est un processus chaud, rapide, mené par des bactéries sur un mélange de matières vertes et brunes ; il donne un amendement riche en azote et en éléments fertilisants. Le terreau de feuilles (appelé aussi humus de feuilles ou « leaf mould » par les jardiniers anglophones) est un processus froid et lent, mené surtout par des champignons, sur des feuilles seules. Il contient très peu d’azote, de phosphore ou de potassium, mais il a une capacité de rétention d’eau exceptionnelle et une texture fine, stable, qui ne se tasse pas. C’est exactement la matière que l’on cherche pour remplacer la tourbe, dont l’extraction détruit les tourbières. Pour composter des feuilles avec d’autres déchets, suivez plutôt le guide Compost et feuilles mortes.
Quelles feuilles choisir ?
Le terreau de référence des pépiniéristes était historiquement fait de feuilles de hêtre et de chêne, ramassées en forêt : lentes à se décomposer, elles donnent une matière grumeleuse et durable. Au jardin, on utilise ce que l’on a, en sachant que :
- Rapides et fines : tilleul, érable champêtre, frêne, bouleau, charme, noisetier, fruitiers : terreau prêt en un an, un peu plus riche en azote.
- Lentes et structurantes : hêtre, chênes, châtaignier, platane : deux ans, terreau de grande qualité, à broyer au départ.
- À éviter : feuilles coriaces des persistants (houx, laurier-cerise, magnolia), aiguilles de conifères, feuilles de noyer en grande proportion, et feuilles ramassées le long des routes passantes.
Les feuilles malades (tavelure, rhytisme) sont déconseillées : le processus froid ne détruit pas les champignons pathogènes.
Comment procéder, mois par mois ?
| Moment | Action | Détail pratique |
|---|---|---|
| Octobre à décembre | Ramasser et broyer | Un passage de tondeuse avec bac sur la pelouse jonchée suffit ; les feuilles mouillées se broient mal, attendez une journée sèche |
| Même jour | Remplir le contenant | Silo de grillage à mailles fines d’environ 1 m de côté, planté de quatre piquets, ou grands sacs plastiques épais percés d’une dizaine de trous ; tasser au pied |
| Même jour | Humidifier | Arroser copieusement chaque couche de 20 cm ; l’objectif est l’humidité d’une éponge essorée dans toute la masse |
| Hiver | Laisser faire | Le tas ne chauffe pas ; c’est normal. Couvrir le silo d’une planche ou d’un carton si la pluie est très abondante, sinon laisser ouvert |
| Mai à août | Surveiller l’humidité | Arroser si le cœur est sec ; en sacs, retourner les sacs une ou deux fois pour répartir l’eau |
| Automne suivant | Première récolte possible | Pour les feuilles tendres broyées : matière brun foncé, odeur de sous-bois, structure encore un peu feuilletée, utilisable en paillis fin et en rempotage grossier |
| Deuxième automne | Récolte complète | Matière noire, fine, friable, sans feuilles reconnaissables : tamiser pour les semis, garder les refus pour relancer le silo suivant |
Comment accélérer la décomposition ?
- Broyer : c’est le facteur numéro un. Des morceaux de 2 à 3 cm offrent dix fois plus de surface d’attaque aux champignons que des feuilles entières.
- Maintenir l’eau : le silo doit être à l’ombre ou mi-ombre, à l’abri d’un mur ou sous des arbres ; une bâche ajourée limite le dessèchement estival.
- Ajouter un peu d’azote si vous êtes pressé : une poignée de tontes d’herbe ou un arrosage au purin d’ortie dilué par couche. Trop d’azote transforme le silo en compost ordinaire ; restez léger.
- Ensemencer avec quelques pelletées du terreau de l’année précédente ou de terre de sous-bois, riches en champignons et en vers.
- Ne pas retourner trop souvent : contrairement au compost, le terreau de feuilles n’a pas besoin d’oxygénation fréquente ; un ou deux brassages en deux ans suffisent.
À quoi sert le terreau de feuilles une fois prêt ?
| Usage | Mélange ou dose | Pourquoi |
|---|---|---|
| Semis | 1/3 terreau de feuilles tamisé fin, 1/3 compost tamisé, 1/3 sable ou terre de jardin | Léger, retient l’eau sans asphyxier ; le compost apporte la nourriture que le terreau de feuilles n’a pas |
| Rempotage | Moitié terreau de feuilles, moitié terre et compost | Substitut de tourbe stable sur plusieurs saisons |
| Plantes de terre de bruyère en bac | Jusqu’à 50 % du substrat | Légèrement acide, convient aux camélias, rhododendrons, myrtilles |
| Paillis de massif ombragé | Couche de 3 à 5 cm | Imite la litière forestière pour fougères, hostas, sceau de Salomon |
| Amélioration d’un sol lourd ou sableux | Un seau par mètre carré, griffé en surface | Aère l’argile, retient l’eau dans le sable, active la vie du sol |
| Pelouse | Terreautage de 0,5 cm après scarification | Voir la fiche Entretien de la pelouse |
Quelles erreurs font échouer un terreau de feuilles ?
Dans l’ordre de fréquence : un tas qui a séché à cœur pendant l’été (il ressort inchangé après deux ans) ; des feuilles entières de platane ou de chêne collées en galettes imperméables (broyez-les) ; un silo trop petit, en dessous d’un demi-mètre cube, qui sèche et gèle de part en part ; et l’impatience, qui fait récolter une matière encore feuilletée que l’on utilise en semis où elle moisit. Un bon terreau ne sent que le champignon et la forêt. Si vous préférez une solution immédiate, le paillage direct des massifs valorise les mêmes feuilles sans attendre, et le guide Que faire des feuilles mortes compare toutes les options.
Sources
Voir aussi
- Compost et feuilles mortes : comment bien les utiliserHerbier · guide
- Pailler avec des feuilles mortes : épaisseur et précautionsHerbier · guide
- Que faire des feuilles mortes ? Les options comparéesHerbier · guide
- Hêtre commun : reconnaître sa feuilleHerbier · espèce
- Compost : ce qu’on met et ce qu’on éviteFiches · Jardin
- Entretien de la pelouse : tonte, scarification, semisFiches · Jardin